Le Carnet
Matières28 avril 20264 min de lecture

L'or 18 carats, sourcé et tracé

Un or 18 carats, c'est trois quarts d'or pur et un quart d'autre chose. Derrière ce simple chiffre se jouent la solidité d'une bague, sa couleur, et une question qui me tient à cœur : d'où vient ce métal ?

Bague en or 18 carats poli sertie d'une pierre, savoir-faire de l'atelier Précieuse, Bordeaux

18 carats, qu'est-ce que ça veut dire ?

Le carat, ici, n'a rien à voir avec le poids d'un diamant. C'est une mesure de pureté, sur une échelle de 24. Un or 18 carats contient donc 18 parts d'or pur sur 24, soit 75 %. On l'écrit aussi 750 millièmes : sur mille grammes de métal, sept cent cinquante sont de l'or fin. Le quart restant, ce sont d'autres métaux, mêlés à l'or pour une bonne raison.

Car l'or pur, à 24 carats, est un métal magnifique mais bien trop tendre. Il se raye d'un coup d'ongle, se déforme dans la main, et ne tiendrait jamais un sertissage fin. En lui ajoutant un peu de cuivre, d'argent ou de palladium, on lui donne la dureté qu'il faut pour être porté chaque jour, toute une vie. C'est tout le sens du 18 carats : assez d'or pour la noblesse, assez d'alliage pour la solidité. En France, ce titre est garanti par un poinçon officiel, la tête d'aigle, frappé à l'intérieur du bijou.

Jaune, blanc, rose : une affaire d'alliage

Voici une idée reçue à défaire : l'or n'est pas toujours jaune. Sa couleur, dans un bijou en or massif, vient entièrement de ce fameux quart d'alliage, et non d'un placage de surface.

L'or jaune est le plus proche de l'or naturel : on associe l'or pur à parts égales d'argent et de cuivre, et l'on obtient cette teinte chaude, solaire, qui ne se démode pas. L'or rose, lui, contient davantage de cuivre, c'est le cuivre qui apporte ce rosé tendre, et plus on en met, plus la nuance tire vers le cuivré. Quant à l'or blanc, on l'allie surtout au palladium (autrefois au nickel, aujourd'hui écarté pour éviter les allergies). On le plonge souvent, en finition, dans un bain de rhodium, un métal blanc et brillant, qui accentue sa blancheur ; ce rhodiage se renouvelle au fil des années.

Ce qu'il faut retenir : ces trois ors ont exactement le même titre, 750 millièmes. Choisir une couleur, ce n'est jamais choisir plus ou moins d'or. C'est seulement une question de caractère.

D'où vient l'or ? La vraie question

On parle beaucoup de la pureté de l'or. On parle trop peu de son origine. Et c'est pourtant là, pour moi, que tout se joue.

L'or a une particularité : il se fond, se raffine et se mélange à l'infini sans rien perdre de sa valeur. Une fois fondu, un gramme d'or ressemble à n'importe quel autre. C'est ce qui rend sa traçabilité si délicate, et si précieuse lorsqu'elle existe. Garantir un or responsable, ce n'est donc pas un geste qu'on ajoute à la fin : c'est une chaîne qu'on documente depuis le tout début. Trois voies principales le permettent aujourd'hui.

La première est l'or recyclé : on refond de l'or qui existe déjà, anciens bijoux, chutes d'atelier, stocks. On évite ainsi d'extraire du métal neuf, ce qui réduit fortement l'empreinte de la fabrication. Une nuance honnête, tout de même : « recyclé » dit que l'or n'a pas été fraîchement extrait, mais ne dit rien de la mine d'où il provenait, autrefois. Son histoire, en quelque sorte, ne commence qu'au moment de la refonte.

La deuxième passe par des labels comme Fairmined ou Fairtrade Gold. Ils certifient un or issu de petites mines artisanales, tracé depuis la mine, extrait dans des conditions de travail et d'environnement contrôlées et vérifiées chaque année par des audits indépendants. Mieux : une prime est reversée directement aux communautés minières, pour financer des écoles, des soins ou des équipements plus sûrs. Ici, on n'efface pas l'extraction : on la rend visible, et on l'encadre.

La troisième est le Responsible Jewellery Council, ou RJC, l'organisme de référence du secteur. Sa certification « Chain of Custody », la chaîne de traçabilité, suit le parcours du métal maillon par maillon, de la mine à l'atelier, chaque étape étant auditée et documentée. L'or qui en ressort est tracé et issu d'un approvisionnement responsable.

Une idée reçue à corriger, pour finir

On me parle parfois du « processus de Kimberley » à propos de l'or. C'est une confusion fréquente, et je préfère la lever en douceur : le processus de Kimberley encadre les diamants bruts, pour empêcher les « diamants de la guerre » de financer des conflits armés. Il ne dit rien de l'or. Pour le métal, ce sont les dispositifs évoqués plus haut, or recyclé, Fairmined, Fairtrade, RJC, qui font foi.

À l'atelier, à Bordeaux, je ne vois pas la traçabilité comme une étiquette qu'on colle à la dernière minute. Une traçabilité garantie, c'est un choix fait à la source, pour pouvoir vous regarder dans les yeux et vous dire d'où vient votre or. Un bijou qui se transmet mérite, je crois, une histoire propre d'un bout à l'autre. C'est une conversation que j'ai toujours plaisir à avoir : venez, on en parle.

« Un bijou qu'on transmet mérite une histoire propre d'un bout à l'autre, y compris celle de son or. »

Emeline Le Ray, atelier Précieuse
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